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L'Europe malade de la Turquie
Annie Laurent
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Livre Prix : 19,00 € Disponibilité : Habituellement expédié sous 6 à 10 jours Ajouter à ma commande Recommander ce livre à un ami |
L’intérêt principal du livre d’Annie Laurent est d’aller au-delà de ces questions géographiques et historiques et d’avoir le courage et la lucidité d’examiner « le poids de la culture et de la religion » (chap. III), deux aspects fondamentaux que les évêques de la COMECE (Commission des épiscopats de la Communauté européenne) refusent de prendre en compte en limitant leurs analyses aux aspects politiques et économiques ! Le développement sur la laïcité turque mérite vraiment d’être lu, car il tord allégrement le coup aux idées reçues ici qui idéalisent substantiellement la réalité. « En Turquie, explique l’intellectuel français d’origine turque, Atlan Gökalp, il s’agit en fait d’un césaro-papisme plutôt, où l’État contrôle la religion » (cité p. 80) : on est donc loin d’une séparation ou d’une distinction des pouvoirs. « Finalement, écrit Annie Laurent, la libéralisation du régime turc a favorisé l’Islam politique. En instaurant le pluralisme, la démocratie permet donc à l’islamisme de prospérer et c’est au nom de la liberté qu’Erdogan œuvre sans relâche en faveur d’une réislamisation croissante de la vie publique et des moeurs » (p. 90).
Enfin, dernier point important de ce livre, il montre combien il ne fait pas bon vivre d’être non musulman en Turquie. Alors qu’il y avait plus d’un million et demi de chrétiens en Turquie au XIXe siècle, ils ne sont plus que 70 000 aujourd’hui ! Le génocide arménien – que la Turquie refuse obstinément de reconnaître – est passé par là, mais la situation actuelle n’est pas brillante non plus : « En fait, tout est mis en oeuvre pour étouffer les communautés chrétiennes qui sont soumises à d’incessantes tracasseries, brimades, confiscations et interdictions » (p. 120). On est loin d’une véritable liberté religieuse qui n’existe dans aucun pays musulman. Tout cela devrait suffire à montrer l’absurdité de l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. Annie Laurent conclut fort justement : « Au fond de tout cela, n’est-ce pas la nature de notre rapport à l’Islam qui est posée par la question de l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne ? En exaltant d’autres modèles et d’autres cultures, voire en acceptant de se laisser amoindrir, asservir, dénaturer ou détruire par elles, au détriment des siennes propres, l’Europe semble ne plus s’aimer elle-même » (p. 152).
Par Christophe Geffroy dans la Revue LA NEF n°165
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