Présentation
La vérité rend libre du Père Michel Lelong, François-Xavier de Guibert, 1999, 145 pages, 100 F.
Avec la foi et l’honnêteté qu’on lui connaît, le Père Michel Lelong, longtemps chargé du Secrétariat épiscopal pour les relations avec l’islam, livre ici ses réflexions sur trois sujets connexes : judaïsme, islam et christianisme. Il le fait de façon chaleureuse, partant de sa propre expérience, appuyée sur les souvenirs de son enfance à Tunis pendant la Seconde Guerre mondiale. Il raconte notamment comment la découverte de la vie du Père de Foucauld fut décisive pour son entrée dans les ordres au sein des Pères blancs. Il déroule surtout un fil directeur permanent : le nécessaire dialogue entre chrétiens et musulmans.
Ceux qui connaissent l’auteur de ce livre ne seront pas surpris de le voir exprimer ici ses positions habituelles. Les autres seront certainement étonnés de voir un prêtre catholique aussi serein face à l’islam. Pour le Père Lelong, les catholiques ont habituellement une mauvaise connaissance de l’islam, souvent imparfaite et plus souvent encore malveillante. Il cherche donc à la corriger en montrant les points de jonction entre la religion de Mahomet et la religion chrétienne. L’auteur plaide avec conviction. Mais la réalité présente de l’islam ne nous invite pas à pencher pour une vision si bienveillante. On dira que ce n’est pas l’islam, le vrai. Peut-être ? En tous les cas, c’est celui que nous subissons ou que des pays entiers subissent sans que l’ombre d’un clocher ne puisse exister.
Mais la difficulté se double d’un piège auquel n’échappe pas complètement le Père Lelong. L’islam ne connaît pas la distinction des pouvoirs temporel et spirituel. Etrangement, l’auteur glisse constamment d’un plan à l’autre, notamment quand il s’agit d’évoquer les problèmes du Moyen- Orient et singulièrement celui du problème palestinien. Sa position envers le judaïsme, même si elle peut être considérée comme juste, apparaît particulièrement sévère et perd du coup quelque crédit.
Homme de dialogue, le Père Lelong ne se contente pas de ces sujets brûlants. Il milite aussi pour la réconciliation entre Ecône et Rome. Noble tâche à laquelle on ne peut que souscrire. La difficulté ici est davantage du côté du vocabulaire. Le problème liturgique ne s’identifie pas avec la Fraternité Saint-Pie X même si celle-ci y entre de plein pied. Le traditionalisme ne se réduit pas non plus à cette fraternité même si celle-ci en est une composante particulière. Son premier problème est celui de sa séparation avec Rome. Avant de faire appel à ses prêtres pour combler au manque qui existe, il faut résoudre cet épineux problème. Le reste viendra ensuite et de surcroît. En attendant, la Fraternité Saint-Pierre ou l’Institut du Christ-Roi Souverain-Prêtre, que semble ne pas connaître le Père Lelong, répondent à cette vocation dans l’Eglise.
Philippe Maxence dans La Nef
n°102