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Le rabbin et le cardinal
un dialogue judéo-chrétien d'aujourd'hui
Gilles Bernheim
Livre
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Présentation de l'éditeur
Le dialogue entre les juifs et les chrétiens est une nécessité, c'est aussi une urgence. Il s'agit bien sûr de travailler à réduire la dramatique fracture qui a séparé les uns et les autres depuis deux millénaires. Il s'agit aussi, dans un monde où triomphent à la fois le relativisme et le fondamentalisme, de montrer qu'il y a une place pour la conviction raisonnée, pour la croyance en une tradition révélée porteuse d'espérance. Gilles Bernheim et Philippe Barbarin sont tous deux engagés depuis longtemps dans le dialogue entre juifs et chrétiens. Mais jamais ils n'avaient accepté comme ici de débattre au long cours sur toutes les questions où les deux religions convergent mais aussi, et bien souvent, se séparent. Avec une franchise qu'autorise l'estime qu'ils se portent, ils vont au bout des difficultés, quitte à reconnaître parfois qu'elles sont insolubles. L'importance du rôle institutionnel qu'ils jouent tous deux ne leur fait jamais emprunter la langue de bois ni céder non plus à la facilité des bons sentiments. On le verra notamment lorsqu'ils abordent l'épisode si douloureux de la Shoah. Au centre du livre, il y a la question de Jésus et de sa judéité, celle de la Loi et de la foi, celle du rôle de saint Paul ; sont aussi abordés les problèmes qui sollicitent l'attention de tous au quotidien : la laïcité, l'islam, la place des religions dans le monde moderne, l'intégrisme.
Recension
Avec une parfaite courtoisie et une réciproque bonne volonté, les interviewés poursuivent un dialogue sur le judaïsme et le catholicisme, difficilement conciliables, malgré tout ce qui les rapproche à partir de leurs mêmes racines bibliques.
Ensemble ils affirment que la Foi en Dieu sans l'amour du prochain n'a pas de sens. Là où il y a désaccord c'est quand le Cardinal Barbarin fait reposer la Foi chrétienne sur Jésus-Christ, Dieu incarné, tandis que le grand Rabbin appuie uniquement la sienne sur les textes sacrés. Alors que le Judaïsme de la Torah et du Talmud est foncièrement livresque, Jésus, lui, ne s'adresse pas à des lecteurs mais à des "témoins".
Notre rapport de catholiques à l'Ecriture est donc différent, bien que cette dernière occupe une place majeure dans la prière et l'enseignement du Christ. Plus qu'à une question, nous avons affaire à une "relation", où se rejoignent l'Ancien et le Nouveau Testament. Les épîtres de saint Paul, "merveille inégalée de rhétorique", nous le confirment à maintes reprises. La Foi juive a pour pilier la Torah, livre de sagesse où s'inscrit la Loi. Cette Loi, Jésus l'a commentée et complétée par sa parole de vie.
Après des siècles de méconnaissance et de discordes, la fondation en 1970 de "l'amitié Judéo-Chrétienne de France" fût un acte d'espérance où chacun découvre et reconnaît la part de vérité de l'autre avec le respect de la liberté personnelle. C'est seulement cette attitude conciliante qui peut nous rapprocher sans nous confondre, assure Gilles Bernheim en rappelant que les souffrances "inconsolables"infligées aux Juifs les ont à jamais meurtris. Philippe Barbarin les associe à celles endurées par Jésus au Golgotha. Les pages concernant l'héroïsme de nombreuses victimes en face de l'horreur et de la bestialité humaines sont bouleversantes, tant du côté du cardinal que de celui du rabbin.
Philippe Barbarin associe Auschwitz au Golgotha, ce qui ne manque pas de troubler son interlocuteur auquel il rapporte dans les Béatitudes : "Heureux les doux, ils auront la Terre en héritage", soulignant la réprobation du Christ sur les violences avec lesquelles ses compatriotes s'emparèrent de la Terre promise.
Certains passages anti-chrétiens du Talmud, ainsi que des écrits des Pères de l'Eglise, considérés par les Juifs comme des agressions, ont provoqué blessures et rancoeurs durables. L'entretien amical des deux intervenants aurait été impensable il y a 50 ans… Aujourd'hui, sans soulever de confusions et d'amalgames, il est possible d'avoir de fructueux échanges en acceptant une réciproque "correction fraternelle".
"Le travail de la Foi dans le cœur de l'autre est un stimulant pour notre propre cheminement spirituel". Si l'essentiel de l'enseignement de l'Eglise repose sur notre "Credo", les multiples commentaires qui en découlent fécondent notre prière et notre catéchèse.
Le succès du Christianisme, dès ses premiers temps, s'explique par l'universalité de son message et non par la théologie de la substitution. L'Ancien Testament ne fait qu'annoncer le Nouveau qui en est issu.
Monseigneur Barbarin comme le grand Rabbin soulignent les ambiguïtés de la laïcité et ses dérives, notamment en matière de bioéthique et de respect de la vie de son début à sa fin. En dépit de leurs divergences, ces deux personnalités de haut niveau intellectuel et spirituel nous disposent à mieux creuser nos raisons de croire en Dieu et en sa Miséricorde. Il y a "plusieurs demeures dans la Maison du Père". Un amour basé sur la compréhension et l'effort mutuels les relie.
Gisèle Bazin