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Année : 2007
Editeur : Martin Morin
ISBN : 2856523080
Notre référence : 29857
Caracteristiques
Prix Goncourt 1941
Présentation de l'éditeur
L'effort est la condition première. Rien ne vit que ce qui exerce sa propre vie, en la portant contre le sort qui la fortifie et la hausse. Il faut à la vie le contraire de l'aise et de la facilité.
La production qui n'est plus que production appelle la destruction, comme la jouissance appelle la pourriture. Cet inimaginable progrès industriel, ne voit-on pas à quoi il va : si ce n'est à l'énorme folie de la guerre, aux tempêtes de torpilles sur les villes d'acier et de ciment, c'est au dessèchement dans ces villes des races sans postérité.
Le 22 décembre 1941, le prix Goncourt a été attribué à ce livre, au deuxième tour, par six voix (Benjamin, Champion, Dorgelès, Guitry, Larguier, Rosny) contre trois (Ajalbert, Carco, Descaves).
« Je me sens - et nous nous sentons tous - heureux comme si c'était moi. »
Jean Paulhan
Analyses et recensionss
Malgré plusieurs rééditions
chez Gallimard, et surtout
chez DMM, Henri Pourrat
souffre encore aujourd’hui
d’être mal perçu.
Sans même entrer
dans des considérations idéologiques,
certains s’acharnent à faire de lui un
auteur de province, réduit aux frontières
de sa région, incapable en fait
d’exprimer quelque chose qui dépasse
les limites du clocher. Il faut n’avoir rien
lu de Pourrat pour ne pas saisir que son
enracinement (réel) est un bel exemple
d’ouverture sur l’universel. D’ailleurs,
plusieurs jurys ne s’y sont pas trompés.
Celui du Figaro, par exemple, qui lui
attribue en
décembre 1921
le prix du même
nom pour le
premier volume
de
Gaspard
des montagnes
ou l’Académie
française qui couronne les quatre
volumes du même Gaspard de son
Grand Prix du roman. Enfin, comment
ne pas mentionner le prix Goncourt reçu
par Pourrat en 1941 pour
Vent de Mars.
Ce livre vient justement d’être réédité
par DMM et connaît ainsi sa troisième
édition.
On retrouve dans cet ouvrage
le style lent, chaleureux et incarné
de Pourrat, qui vit et écrit au rythme
du temps de Dieu, et non de celui de
la modernité énervée.
De quoi déplaire
aujourd’hui aux jeunes
critiques parisiens
aux dents longues et
à la carrière pressée.
Vent de Mars reflète
aussi la douleur
d’un pays qui connaît
l’attente de la guerre,
celle de la descente
aux enfers de
la défaite et l’espoir
de la renaissance. Il faut compter
les forces vives et discerner les causes
du malheur. C’est ce que fait Pourrat
sans hargne ni haine, avec beaucoup
de sensibilité et de délicatesse,
avec cette charité chrétienne qui ne cèle
pas la vérité mais n’en fait pas non
plus une lame tranchante. Et lourde!
Oui, ce
Vent de Mars peut être un vent
froid, mais aussi l’amorce du printemps :
« Encore mortifiées par l’hiver, dans les
pierrailles de la pente, les ellébores pied
de griffon déploient à peine leurs palmes
noires; et déjà ont fleuri en grappes
de pâles écailles vertes leurs roses
qu’on nomme roses de serpent .»
Pourrat dépeint ici la civilisation rurale
et chrétienne enfouie désormais sous
les décombres de la Seconde Guerre
mondiale et de l’industrialisation lourde
de l’après-guerre. Ce faisant pourtant,
preuve qu’il garde quelque chose à nous
dire, quelque chose d’universel, il nous
rejoint puisque nous sommes les enfants
égarés pris dans les tenailles du progrès
censé apporter un bonheur qui n’est
que jeu d’ombres dans la caverne
de l’enfermement.
Pourrat gardait pourtant une note
d’espérance, lui qui estimait que
l’on ne pouvait aller contre le progrès
industriel. Il y mettait pourtant
des conditions : mettre au-dessus
les enfants et les âmes, vraies richesses
de la vie. Cette vie dont il voyait
qu’il lui fallait « le contraire de l’aise
et de la facilité ». Voix perdue dans
le désert, l’écrivain n’a pas été entendu.
Les forces de l’esprit n’ont pas cessé
de reculer devant la barbarie
de la machine. Et pourtant il serait
fou de croire que l’espérance a disparu.
Ce
Vent de Mars qui souffle à nouveau
jusqu’à nous apporte avec lui, pour
qui sait l’entendre, le murmure
d’une renaissance.
Philippe Maxence
Ecologie, décroissance, développement durable…
autant de termes qui forment les litanies de notre
moderne époque. Vers qui s’élèvent-elles, sinon
vers une inquiétude prégnante qui habite l’homme
contemporain pourtant gavé de biens matériels et technologiques
jusqu’à en vomir. Notre drame consiste peutêtre
à avoir reconstruit la « nature » autour d’un concept
idéologisé remisant le vieux Jean-Jacques au rang de
jeune apprenti. La nature, au fond, savons-nous ce
qu’elle est, même lorsque nous employons de grands
mots solennels pour parler d’elle ?
Pourquoi écrire tout cela ? Peut-être à cause d’un
livre qui semble venir de loin. De très loin, même !
D’une France qui n’existe plus, d’une civilisation
achevée par les folies de la Seconde Guerre mondiale
et définitivement disparue sous les coups de l’industrialisation
de l’agriculture. Et pourtant ! Dans ce
Vent de Mars d’Henri Pourrat, que d’échos avec
nombre d’inquiétudes contemporaines ou avec les
solutions avancées dans un incroyable désordre. Ce que
l’on tente vainement de retrouver aujourd’hui, Pourrat l’avait
déjà évoqué en écrivain, en poète, en homme d’expérience.
Des exemples ? Il en existe quasiment à chaque page.
Pourrat note ainsi « La production qui n’est plus que production
appelle la destruction, comme la jouissance appelle
la pourriture. Cet inimaginable progrès industriel, ne voit-on à
quoi il va : si ce n’est à l’énorme folie de la guerre, aux tempêtes de
torpilles sur les villes d’acier et de ciment. » Ailleurs, il écrit réaliste
: « On n’ira pas contre le progrès industriel : on ne rejettera pas
l’électricité, ni l’auto, ni la radio. […] Tout ce qu’il faut, c’est mettre
les pouvoirs, les richesses que procurent les sciences, au-dessous
de ce que peut donner la vie, au-dessous des enfants et des âmes et
de l’amitié ».
Ces considérations, et bien d’autres, le lecteur les trouvera
dans une sorte de Journal, une montée vers le choc de 1940,
vers cette défaite dont les causes n’étaient pas seulement militaires.
Pourrat s’est fait à partir de septembre 1938, l’observateur
attentif des réactions des gens de son pays, ces paysans
d’Auvergne qui ont déjà payé le prix de la Première Guerre
mondiale. Il défend ce monde et ses traditions, la valeur de la
paysannerie française, insérée dans un complexe tissu social qui
a explosé après guerre pour donner place à l’agriculteur isolé
dans sa spécialité. Son style profond, sans nervosité, creuse lui
aussi son sillon et laisse percevoir derrière l’homme de plume le
contemplatif profond. Chez Pourrat, lorsqu’il parle de la terre,
le ciel n’est jamais loin. Il le dit d’ailleurs à sa manière : « Un
pays ne vit que de sa paysannerie. Mais sa paysannerie, dans ce
monde de la puissance mécanique sous un climat fait par l’argent,
ne vivra que si elle entend, outre la loi naturelle, la loi surnaturelle,
la parole de Celui qui a pu dire : Je suis la Résurrection et la
vie. […] Le naturel doit aller au surnaturel, comme l’ancienne loi
arrive à la Loi nouvelle ». Au fond, même si la paysannerie a
bien disparu, nous sommes toujours sous ce régime-là.
Philippe Maxence
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