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Vent de Mars
Henri Pourrat
Livre
Prix : 20,00 €
Disponibilité : 48h
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Année : 2007
Editeur : Martin Morin
ISBN : 2856523080
Notre référence : 29857

Caracteristiques
Prix Goncourt 1941
Présentation de l'éditeur
L'effort est la condition première. Rien ne vit que ce qui exerce sa propre vie, en la portant contre le sort qui la fortifie et la hausse. Il faut à la vie le contraire de l'aise et de la facilité.

La production qui n'est plus que production appelle la destruction, comme la jouissance appelle la pourriture. Cet inimaginable progrès industriel, ne voit-on pas à quoi il va : si ce n'est à l'énorme folie de la guerre, aux tempêtes de torpilles sur les villes d'acier et de ciment, c'est au dessèchement dans ces villes des races sans postérité.

Le 22 décembre 1941, le prix Goncourt a été attribué à ce livre, au deuxième tour, par six voix (Benjamin, Champion, Dorgelès, Guitry, Larguier, Rosny) contre trois (Ajalbert, Carco, Descaves).

« Je me sens - et nous nous sentons tous - heureux comme si c'était moi. »

Jean Paulhan
 


Analyses et recensionss


Malgré plusieurs rééditions chez Gallimard, et surtout chez DMM, Henri Pourrat souffre encore aujourd’hui d’être mal perçu.
Sans même entrer dans des considérations idéologiques, certains s’acharnent à faire de lui un auteur de province, réduit aux frontières de sa région, incapable en fait d’exprimer quelque chose qui dépasse les limites du clocher. Il faut n’avoir rien lu de Pourrat pour ne pas saisir que son enracinement (réel) est un bel exemple d’ouverture sur l’universel. D’ailleurs, plusieurs jurys ne s’y sont pas trompés.
Celui du Figaro, par exemple, qui lui attribue en décembre 1921 le prix du même nom pour le premier volume de Gaspard des montagnes ou l’Académie française qui couronne les quatre volumes du même Gaspard de son Grand Prix du roman. Enfin, comment ne pas mentionner le prix Goncourt reçu par Pourrat en 1941 pour Vent de Mars.
Ce livre vient justement d’être réédité par DMM et connaît ainsi sa troisième édition.

On retrouve dans cet ouvrage le style lent, chaleureux et incarné de Pourrat, qui vit et écrit au rythme du temps de Dieu, et non de celui de la modernité énervée.
De quoi déplaire aujourd’hui aux jeunes critiques parisiens aux dents longues et à la carrière pressée.
Vent de Mars reflète aussi la douleur d’un pays qui connaît l’attente de la guerre, celle de la descente aux enfers de la défaite et l’espoir de la renaissance. Il faut compter les forces vives et discerner les causes du malheur. C’est ce que fait Pourrat sans hargne ni haine, avec beaucoup de sensibilité et de délicatesse, avec cette charité chrétienne qui ne cèle pas la vérité mais n’en fait pas non plus une lame tranchante. Et lourde!
Oui, ce Vent de Mars peut être un vent froid, mais aussi l’amorce du printemps : « Encore mortifiées par l’hiver, dans les pierrailles de la pente, les ellébores pied de griffon déploient à peine leurs palmes noires; et déjà ont fleuri en grappes de pâles écailles vertes leurs roses qu’on nomme roses de serpent .»
Pourrat dépeint ici la civilisation rurale et chrétienne enfouie désormais sous les décombres de la Seconde Guerre mondiale et de l’industrialisation lourde de l’après-guerre. Ce faisant pourtant, preuve qu’il garde quelque chose à nous dire, quelque chose d’universel, il nous rejoint puisque nous sommes les enfants égarés pris dans les tenailles du progrès censé apporter un bonheur qui n’est que jeu d’ombres dans la caverne de l’enfermement.
Pourrat gardait pourtant une note d’espérance, lui qui estimait que l’on ne pouvait aller contre le progrès industriel. Il y mettait pourtant des conditions : mettre au-dessus les enfants et les âmes, vraies richesses de la vie. Cette vie dont il voyait qu’il lui fallait « le contraire de l’aise et de la facilité ». Voix perdue dans le désert, l’écrivain n’a pas été entendu. Les forces de l’esprit n’ont pas cessé de reculer devant la barbarie de la machine. Et pourtant il serait fou de croire que l’espérance a disparu.
Ce Vent de Mars qui souffle à nouveau jusqu’à nous apporte avec lui, pour qui sait l’entendre, le murmure d’une renaissance.

Philippe Maxence


Ecologie, décroissance, développement durable… autant de termes qui forment les litanies de notre moderne époque. Vers qui s’élèvent-elles, sinon vers une inquiétude prégnante qui habite l’homme contemporain pourtant gavé de biens matériels et technologiques jusqu’à en vomir. Notre drame consiste peutêtre à avoir reconstruit la « nature » autour d’un concept idéologisé remisant le vieux Jean-Jacques au rang de jeune apprenti. La nature, au fond, savons-nous ce qu’elle est, même lorsque nous employons de grands mots solennels pour parler d’elle ?
Pourquoi écrire tout cela ? Peut-être à cause d’un livre qui semble venir de loin. De très loin, même ! D’une France qui n’existe plus, d’une civilisation achevée par les folies de la Seconde Guerre mondiale et définitivement disparue sous les coups de l’industrialisation de l’agriculture. Et pourtant ! Dans ce Vent de Mars d’Henri Pourrat, que d’échos avec nombre d’inquiétudes contemporaines ou avec les solutions avancées dans un incroyable désordre. Ce que l’on tente vainement de retrouver aujourd’hui, Pourrat l’avait déjà évoqué en écrivain, en poète, en homme d’expérience.
Des exemples ? Il en existe quasiment à chaque page.
Pourrat note ainsi « La production qui n’est plus que production appelle la destruction, comme la jouissance appelle la pourriture. Cet inimaginable progrès industriel, ne voit-on à quoi il va : si ce n’est à l’énorme folie de la guerre, aux tempêtes de torpilles sur les villes d’acier et de ciment. » Ailleurs, il écrit réaliste : « On n’ira pas contre le progrès industriel : on ne rejettera pas l’électricité, ni l’auto, ni la radio. […] Tout ce qu’il faut, c’est mettre les pouvoirs, les richesses que procurent les sciences, au-dessous de ce que peut donner la vie, au-dessous des enfants et des âmes et de l’amitié ».
Ces considérations, et bien d’autres, le lecteur les trouvera dans une sorte de Journal, une montée vers le choc de 1940, vers cette défaite dont les causes n’étaient pas seulement militaires.
Pourrat s’est fait à partir de septembre 1938, l’observateur attentif des réactions des gens de son pays, ces paysans d’Auvergne qui ont déjà payé le prix de la Première Guerre mondiale. Il défend ce monde et ses traditions, la valeur de la paysannerie française, insérée dans un complexe tissu social qui a explosé après guerre pour donner place à l’agriculteur isolé dans sa spécialité. Son style profond, sans nervosité, creuse lui aussi son sillon et laisse percevoir derrière l’homme de plume le contemplatif profond. Chez Pourrat, lorsqu’il parle de la terre, le ciel n’est jamais loin. Il le dit d’ailleurs à sa manière : « Un pays ne vit que de sa paysannerie. Mais sa paysannerie, dans ce monde de la puissance mécanique sous un climat fait par l’argent, ne vivra que si elle entend, outre la loi naturelle, la loi surnaturelle, la parole de Celui qui a pu dire : Je suis la Résurrection et la vie. […] Le naturel doit aller au surnaturel, comme l’ancienne loi arrive à la Loi nouvelle ». Au fond, même si la paysannerie a bien disparu, nous sommes toujours sous ce régime-là.

Philippe Maxence
 
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