Présentation de l'éditeur
Présentation de l'éditeur :
La vie du jeune Enguerrand aurait pu être douce. Promis à un bel avenir sportif et à une existence insouciante sur les plages de Nouvelle-Calédonie, il est envahi peu à peu par " cette saloperie " qu'il recèle au fond de lui, faite de haines franches et de révoltes inexprimables. Il nous livre ici un tableau saisissant de ce que furent ses années de jeunesse. La désintégration familiale, le déracinement, l'échec scolaire, la lente dérive vers la délinquance... Et puis, un après-midi de septembre, la découverte soudaine, improbable, définitive, d'une parole de liberté, celle du Mendiant ingrat de Léon Bloy, ce vieux râleur de Dieu qui fait surgir de nulle part l'idée que tout n'est pas perdu. Dur et salutaire à la fois, d'une audace littéraire implacable, L'Effervescence de la pitié est un coup d'éclat. La force qui s'en dégage, souffle de vérité et expression d'une insatiable rage de vivre, emporte tout sur son passage.
Jacques de Guillebon dans la revue La Nef, n°175
Ne le cachons pas, Enguerrand
Guépy est un ami. Et si,
pourtant, son roman est une des
bonnes surprises de la rentrée,
nous interdirons-nous d'en parler ? Et si la grâce qui s'en
dégage, sous la syntaxe qui, parfois
argotique, surprend, est
assez submergeante pour révéler
l'auteur tel qu'à lui-même il s'est
longtemps caché, pour un catholique
véritable, pour un être cent
fois déchiré, et cent fois, non
recollé, non remis « en paix avec
lui-même » comme le dit la crétine
époque où nous sommes par
hasard tombés, mais passé au
tamis et au van du Seigneur,
mais plongé au creuset où le
métal vraiment précieux se
découvre ; et si tout cela, faudrat-
il taire l'existence neuve de
cette Effervescence de la pitié ?
Non, il faudra bien en parler, et
découvrir ce récit rapide de l'enfance
et de l'adolescence et de la
jeunesse d'un contemporain qui,
pour décrire ici une trajectoire
singulière, la sienne, n'éclaire pas
moins d'un jour inquiétant l'état
général de la société française.
Entre narration de soi-même à
l'usage de trois générations et
roman bloyen, Enguerrand
Guépy, dont le passé de dramaturge
fait merveille dans l'art du
dialogue, hésite constamment à
l'image de son personnage sur le
sens à donner au texte, donc à la
vie. Le personnage qu'il raconte,
dérivant au fil de l'époque, ces
années quatre-vingt pleines d'abjection
petite-bourgeoise, apprenti
footballeur fauché dans
son ascension que son père
oublie et que sa mère, « la
mamma corse », écrase et tient
hors de la réalité, a les accents
d'un voyou à la Cendrars qui
aurait manqué le train. La destinée,
qui le fait tomber de lycée
pourri en amourette médiocre,
est jusqu'à ses vingt ans avec lui
bien cruelle. Seuls un clochard
céleste croisé à la station
République et une Passion vécue
à Lourdes au milieu des paralytiques
brillent comme les flammèches
d'une divine espérance que
rien n'éteindra. Après le galop de
cent quatre-vingts pages merveilleusement
troussées, on ressort
amoché comme un ado querelleur.
Et lavé comme un converti.