Présentation de l'éditeur
Présentation de l'éditeur
Sans renvoyer tout le monde dos à dos, on peut dire que tous les catholiques portent aujourd’hui en quelque manière le péché des divisions engendrées par la question liturgique, dans la mesure où ils craignent l’éventuelle remise en question de positions acquises. Tous se raccrochent en effet, dans ce contexte de disparition sociale angoissante du catholicisme, à des réseaux, à des communautés, mais surtout à des situations constituées, à des modes d’être faussement rassurants. Il leur faut se déterminer eux-mêmes, et s’encourager les uns les autres, à prendre ce risque majeur, mais éminemment salutaire, de mettre le bien commun d’une Église qui doit retrouver son ardeur apostolique au-dessus de toutes choses et spécialement au-dessus de tous les intérêts particuliers, même s’ils semblent à chacun les plus louables. Comme l’avait dit le cardinal Ratzinger en 1988, « nous devrions tout d’abord considérer cette situation comme une occasion de faire un examen de conscience ».
Christophe Geffroy dans la revue La Nef, n°179
L'abbé Barthe, chroniqueur
religieux érudit de la revue
Catholica, a publié déjà plusieurs
livres sur la « crise » dans l'Église.
L'intérêt de sa réflexion actuelle
est de proposer une « sortie de
crise » dans un contexte ecclésial
qu'il estime largement changé
par l'élection du pape Benoît
XVI. On quitte ainsi le registre
de la critique et de la plainte
pour celui, constructif, concret,
des propositions d'action.
Certes, l'exercice est plus périlleux,
mais combien plus méritoire…
et utile.
L'abbé Barthe milite pour
« l'union des forces vives » dans
l'Église, c'est-à-dire celles représentées
par la mouvance attachée
aux anciennes formes liturgiques
et la génération des jeunes prêtres
célébrant le nouveau rite,
mais fidèles au pape et d'esprit
plus traditionnel que leurs aînés.
Ainsi, avec le Motu proprio
annoncé sur la libéralisation de
l'ancienne messe et un rapprochement
qu'il appelle de ses
voeux avec la Fraternité Saint-
Pie X (FSSPX), voit-il le rite tridentin
perdurer selon une double
structure : la première, qu'il
qualifie d'« exemption saint
Pie V », rassemblerait la FSSPX,
qui aurait besoin dans un premier
temps d'un espace juridique
autonome pour être réintégrée
dans l'Église, et diverses
communautés tridentines qui
demeurent très rigides sur la
question liturgique ; la deuxième
serait celle dépendant de la pastorale
de chaque évêque (mission
donnée à des prêtres de
communautés Ecclesia Dei,
incardination de certains de ces
prêtres dans le diocèse, érection
de paroisse personnelle, mission
confiée à un prêtre diocésain...).
L'abbé Barthe est conscient que
« le noeud du problème sera celui
de la reconnaissance de l'exclusivité
ou de l'exclusivisme du rite
traditionnel » (p. 20). Il reconnaît
aussi que « ce deuxième
schéma, s'il représente des deux
côtés un plus grand risque – à
savoir une certaine osmose que les
uns et les autres peuvent craindre –
est par ailleurs pastoralement très
prometteur » (ibid.). Certes, cette
« osmose », loin d'être un « risque
», est nécessaire à terme pour
éviter un effet de ghetto, mais
l'abbé Barthe laisse suggérer que
l'évolution se fasse progressivement
dans un contexte plus
favorable à l'esprit traditionnel.
L'autre partie de la brochure
défend cette thèse : « un des effets
les plus regrettables de la radicale
réforme liturgique de Paul VI
[…] est qu'elle a, en réalité, empêché
le développement harmonieux
d'une véritable réforme liturgique,
au sens traditionnel du
terme » (p. 23).
Voilà un bref ouvrage qui
lance des idées intéressantes
dignes d'être débattues.