librairiecatholique.com Livres Société Ecole et éducation
Editeur : Godefroy de Bouillon
ISBN : 2952140529
Notre référence : 30453
Caracteristiques
325 p. + 74 p. de corrigés
Analyses et recensions
On pourra s’étonner de trouver un ouvrage de grammaire au catalogue de La librairie catholique. Mais les catholiques sont souvent parents de familles plus ou moins nombreuses et un ouvrage qui peut contribuer puissamment au développement intellectuel et même spirituel de leurs enfants par un apprentissage correct de leur langue, ne peut pas les laisser indifférents.
L’auteur de celui qui est présenté ci-dessous, traductrice de conférences internationales, puis professeur de lycée, s’est spécialisée dans l’aide aux personnes en difficulté d’apprentissage ou de mémoire. Complétant son expérience par des études concernant la psychologie cognitive et le fonctionnement du cerveau, connu grâce aux progrès des neuro-sciences, elle a mis au point une pédagogie qui respecte le développement naturel des capacités langagières de l’individu, et conjointement, le développement de sa personnalité. Elle en expose les bases dans un ouvrage fondamental intitulé L’école des Illusionnistes, où elle conteste les pédagogies nouvelles mises en place par l’Éducation Nationale. Les partisans de ces méthodes l’ignorent, ce qui est plus facile que de discuter ses arguments et de prendre en considération les résultats qu’elle obtient. Mais elle est bien connue des parents dont les enfants, réputés “dyslexiques” ont tout simplement besoin d’un réapprentissage rationnel. Sa méthode est conçue pour des enfants, du cours préparatoire au collège, mais elle a aussi été utilisée pour rééduquer des adultes “malappris”. Sa Grammaire structurante, s’oppose par son titre à la grammaire structurale, fondement de la linguistique moderne dont on ne saurait contester l’intérêt scientifique, mais dont les applications à la pédagogie se sont révélées calamiteuses. Ce livre n’est pas à proprement parler un manuel mais plutôt un livre du maitre à adapter à différentes sortes de public, et à compléter avec des “fiches de jeux” et des “exercices de concentration” du même auteur. Mme Nuyts ne conçoit pas la grammaire, à la manière des instructions officielles actuelles, comme l’observation réfléchie, à propos de textes, d’une langue déjà intuitivement pratiquée et connue, mais comme un préalable à une bonne pratique consciente, orale et écrite, d’une langue maniée de façon floue et incertaine dans l’intuition de l’apprentissage spontané. Elle ne se soucie pas de regrouper les outils grammaticaux selon des identités de fonctionnement, dont le sens n’est qu’un effet, mais fait une priorité des identités de sens. À l’enfant qui débute, elle commence par donner les outils linguistiques qui lui permettent de penser sa propre identité et de la distinguer de celle des autres, et de se repérer dans l’espace et le temps. Elle regrette l’élimination de la terminologie officielle du “complément d’attribution” bien utile pour opposer au sujet un autre actant humain et sa réduction au rôle d’ “objet second” pour la raison que je donne un bouquet à ma mère se construit exactement comme j’ajoute une facture au dossier. Donc, immédiatement, dès la première leçon, apparaît le pronom personnel JE et la fonction sujet, puis les verbes être et avoir fondamentaux pour penser l’identité et l’altérité, avec, en renfort les pronoms personnels. Le verbe est utilisé pour bien faire entrer dans les jeunes têtes les notions d’avant, d’après et de maintenant, de présent de passé et de futur. Un gros travail sur les prépositions permet de diversifier les compléments circonstanciels et de les distinguer des compléments d’objet indirects. Des batteries d’exercices éliminent des confusions à la fois sémantiques et orthographiques fréquentes en distinguant, par exemple, son de sont ou ces de ses et de c’est. Mais surtout, les exemples choisis sont toujours en relation avec le vécu de l’enfant. On lui fait mimer ce qu’il dit, on le fait raisonner sur des images ou des photos ; on appréciera particulièrement la manière de faire acquérir la notion d’adjectif qualificatif et de qualité (ces adjectifs si souvent introduits par le verbe être, outils d’identification, attributs à ne pas confondre avec des compléments d’objet ! ) : toucher toutes sortes d’objets et dire s’ils sont doux ou rugueux, durs ou mous…, après quoi toutes sortes de mots plus abstraits pourront être sans peine identifiés comme adjectifs, rien d’intelligible n’ayant d’abord été sensible…
Bien sûr, tous les exemples proposés par Mme Nuyts, toutes ses affirmations ne sont pas incontestables, il y en a qui appellent des contre-exemples. Elle oublie, par exemple, de mentionner qu’il y a des cas où le verbe avoir fonctionne en distribution complémentaire avec le verbe être : Jean est courageux équivaut à Jean a du courage et le courage est bien une qualité de Jean et pas un autre être que Jean. Mais aucun ouvrage de linguistique n’échappe à ce genre de risque.
Ce qu’il faut retenir c’est l’orientation d’ensemble de l’ouvrage et son efficacité pédagogique. Et par surcroit une certaine efficacité psychothérapeutique, plus d’un sujet angoissé ou déprimé ayant témoigné avoir ressenti une sorte d’équilibre heureux en sortant des leçons de Mme Nuyts.
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