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Francois Mauriac
Biographie intime : Tome 1, 1885-1940
Jean-Luc Barré
Livre
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Présentation de l'éditeur
François Mauriac est un des écrivains les plus engagés dans l'histoire littéraire, spirituelle et politique du XXe siècle. Mais sa véritable destinée s'est jouée sur un tout autre plan : celui d'une vie intime qu'il s'est employé, jusqu'à sa mort, à dissimuler, refusant de "tout dire" sur lui-même par crainte d'être incompris ou réprouvé par son milieu. Se fondant sur quantité de sources inédites et sur des documents personnels restés inexploités, Jean-Luc Barré révèle la personnalité d'un chrétien tourmenté, marqué par une éducation rigoriste et hanté depuis son adolescence par le sentiment aigu de sa différence. François Mauriac apparaît ici pour la première fois dans toute sa complexité. En montrant comment la tentation homosexuelle n'a jamais cessé d'être une des données majeures de la sensibilité de l'écrivain, Jean-Luc Barré met en exergue aussi tout ce que son univers romanesque, comme ses combats de polémiste, sa solidarité constante avec les réfractaires et les humiliés, doivent à la conscience de sa singularité intime. Dans le premier volume de cette biographie, Jean-Luc Barré dévoile la vie conjugale et familiale de l'auteur du Mystère Frontenac, la relation privilégiée qu'il entretint avec sa mère, les liens de tendresse qui l'unirent à son épouse Jeanne et la manière dont il assuma, auprès de ses quatre enfants, son rôle de père. Il brosse enfin le portrait d'un romancier couvert très tôt d'honneurs et de gloire, mais en butte à la méfiance et à la suspicion permanente des milieux intellectuels les plus conservateurs, aussi hérissés par ses prises de position politiques que par l'équivoque de sa personnalité, de son œuvre et de son mode de vie.
Recension
La Nef
On raconte qu’au moment de la canonisation
de Pie X, François Mauriac aurait
déclaré que ce saint n’était pas de
sa paroisse. Reconnaissant l’écrivain, j’ai
longtemps pensé la même chose du catholique
Mauriac. Et c’est donc sans excès de jubilation
que j’ai abordé la forte biographie
que vient de lui consacrer Jean-Luc Barré. Le
confesserai-je ? J’ai été conquis par ce livre,
au point d’y voir le meilleur ouvrage dans
son genre, lu depuis longtemps. Ce premier
tome de ce que l’auteur a intitulé très justement
une « biographie intime » tente de percer une part du
mystère Mauriac, de cet « indicible » (il s’agit du titre du premier
chapitre) que l’écrivain s’est plu à ne jamais dévoiler tout
en laissant un certain nombre d’indices, confronté qu’il était à
cette tension intérieure entre vérité intime et façade pour le
monde.
Disons-le tout net : Jean-Luc Barré met l’accent sur
l’homosexualité de Mauriac, cette attirance qui fut
constamment au coeur de son drame intime et avec laquelle
il vécut, parfois non sans complaisance. Dans
certains milieux, il sera de bon ton d’accueillir cette
nouvelle et de se réjouir de cette recrue, qui sera sûrement
utilisée pour un prosélytisme de plus en plus
agressif. Dans d’autres, au contraire, on se plaira à dénoncer
un tel étalage, en prenant plaisir à souligner
que l’intimité de l’homme ne devrait pas masquer l’écrivain,
celui qui existe vraiment pour le public. Vieille querelle !
Vieille querelle qui ne tient doublement pas ici. D’abord
parce que l’homme intime Mauriac permet de saisir nombre de
ses écrits, au moins en ce qui concerne ses premières oeuvres.
Ensuite, parce qu’il est fait un mauvais sort au livre de Jean-
Luc Barré, que l’on s’en réjouisse ou qu’on le dénonce, en réduisant
cette biographie à ce seul paramètre de l’homosexualité.
Si elle éclaire tout le drame intérieur de l’écrivain, depuis
la perte de son père, l’éducation compassée et janséniste dispensée
par sa mère, les amitiés brisées jusqu’au rapport si
conflictuel avec la province, cette biographie intime permet
surtout de suivre pas à pas la genèse d’un écrivain, sa sortie de
la chrysalide jusqu’à son plein épanouissement. Il nous rend
Mauriac étonnamment vivant et jeune, à nous surtout qui ne
voyons souvent que l’image jaunie d’un vieil homme à la petite
moustache, le chroniqueur si doué des dernières années. Elle
nous offre également, dans une langue vivante et légère, tout le
petit théâtre de la littérature, depuis Barrès et Vallery-Radot
jusqu’à Proust et Cocteau. Dans ce petit théâtre d’un monde enfoui
et bien disparu, nous observons le jeune Mauriac, débuter
sous les encouragements de l’auteur du Culte du moi et prendre
crânement le pari de vivre de sa plume. S’il se brûle souvent les
ailes, il trace pourtant son sillon, avide de la reconnaissance
d’un Gide, capable aussi de rompre des lances avec un milieu
qu’il juge trop conservateur.
Le Mauriac de Jean-Luc Barré n’est pas une statue, c’est un
être vivant, pour le meilleur et pour le pire, jusqu’au tréfonds
du péché, sans lequel il n’y a pas, au fond, de littérature. Le péché,
en effet, n’est-ce pas le versant noir de l’histoire de toute
âme, ce que l’écrivain ausculte, même s’il ne doit pas s’y complaire
?
Ce premier tome s’arrête au 18 juin 1940, après plus de 500
pages de voyage chez Mauriac. C’est peu dire que l’on attend le
second tome. On l’exige. C’est la liberté du lecteur passionné.
Philippe Mawence
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