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La Patience de Mauricette

La Patience de Mauricette

Suel Lucien

Livre
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Année :
2009
Editeur :
Table Ronde
EAN13 :
9782710331452
Notre référence :
45292
Nombre de pages :
235

Présentation de l'éditeur
«J’ai écrit beaucoup de pages, mais je n’arrive pas à suivre. Je sais trop de choses. Je ferme comme un robinet devant mes yeux. Trop de choses qui me font peur. Je dois raccommoder mes nerfs. La Lys me suit après Haverskerque Armentières à travers Comines pour aller dans la mer. L’eau revient dans les nuages. Mon petit Émile tombe dans la pluie. Ici c’est ma peine. Je l’accomplis.»

Mauricette Beaussart, 75 ans, a disparu de l’hôpital où l’on soigne sa santé mentale. Son ami Christophe Moreel entreprend de la retrouver. Au fil de sa quête, le passé et le présent de Mauricette s’entrecroisent, tissant peu à peu le portrait d’une femme riche de ses grandes souffrances et de ses petits bonheurs.
 
Recension
Pour www.librairiecatholique.com 
Lucien Suel , 61 ans, très enraciné dans son terroir, frontalier de la Belgique flamande, poète et éditeur de poésie, nous donne là, après Mort d’un jardinier, un deuxième roman, élaboré grâce à un projet “culture à l’hôpital” soutenu par diverses instances officielles qui lui a donné l’occasion de résider pendant six mois sur le site de l’Établissement public de santé mentale Lille-Métropole. Accueilli au sein de l’équipe soignante, il a pu avoir accès aux productions écrites de certains patients dont la syntaxe très libre, les métaphores spontanées, le surgissement inattendu de certains thèmes ont effectivement tout pour captiver un poète.

Le personnage principal est Mauricette Beaussart, 75 ans, de souche paysanne, célibataire, sans liens de famille, jadis institutrice, internée au centre hospitalier dit “clinique” d’Armentières. Cette vieille dame, qui aime le vélo, la marche, et la poésie, passe par une phase “maniacodépressive”, et ce n’est pas la première fois :“ je me débats et je m’enfonce de plus en plus ; la maladie m’attrape comme elle veut ”. L’auteur lui donne la parole en citant le cahier où elle écrit, à la demande de ses psychiatres, tout ce qui lui passe par la tête. Ces textes en italiques, s’intercalent dans le récit de ce que font pour la soutenir dans son épreuve , deux autres personnages, ses seuls amis,: Christophe Moreel, traducteur, qu’elle a connu durant un stage d’informatique, et Alfonsina Vandelbeulque qui elle-même a jadis partagé avec elle un bref séjour dans un établissement psychiatrique. Le grand intérêt de ce roman est de nous faire connaître Mauricette de l’intérieur, par les pages délirantes de son cahier (“je m’en fiche de la réalité. Complètement !”) et de l’extérieur par le récit clair et raisonnable, extrêmement précis pour les temps et les lieux, de ce que font pour elle ses deux amis. Ceux-ci ignorent totalement les “malheurs”, dont le souvenir la poursuit sans qu’elle soit jamais parvenue à en faire confidence à quiconque : la mort en couches de sa mère, la noyade du jeune frère dont elle était devenue la “petite maman”, le suicide de son père et la mort au combat en Algérie d’un certain Roger avec lequel elle avait ébauché une liaison. La noyade d’Émile est de loin le plus cruel : “Je pense à lui nuit et jour, je veux l’oublier pour toujours”. Elle dormait pendant que sa mère était mourante. Elle cueillait pour Émile un bouquet de coucous quand il a glissé dans la Lys. “c’est ma faute, mais je n’ai pas fait exprès”… “J’expie depuis 60 ans ; j’étais la jurée de mon tribunal ; la boucle n’est pas bouclée” Elle traine une sorte de péché originel et un gros poids de souffrance jamais dominée. Oui, c’est difficile ma vie, c’est trop long à souffrir“…. Je connais mon noyau de souffrance ; je le suce et roule entre les gencives depuis des années… ” J’ai eu plus que mon compte Je n’ai pas mérité ces responsabilités. Respect au malheur !

Alors que “rien dans son attitude ou ses paroles ne pouvait conduire à imaginer la suite”, le roman finit bien. Mauricette, en compagnie d’Alfonsina quitte subrepticement sa clinique pour Merlimont-Plage et enterre, avec son sentiment de culpabilité, de vieilles photos, dans le sable mouillé de la marée basse. “Le ciel c’est Maman, la mer, c’est Émile, le sable, c’est Papa, le soleil c’est Mon Amour… Qu’est-ce qui a guéri Mauricette ? L’hydrothérapie ? ses conversations avec la psychologue Émilie Delaleau dont le nom et les yeux bleus lui rappellent Émile ? un gros cauchemar qui lui a servi d’électrochoc ? Comme l’accord final d’un morceau de musique en assure la tonalité, le dernier mot du roman en permet une lecture chrétienne : On m’a visitée… c’est peut-être la grâce.

Ni Christophe ni Alfonsina n’ont la moindre référence religieuse. Mauricette ne descend jamais dans le “lieu de culte” dédié à St Jean, ménagé au sous-sol du “centre social” de l’hôpital. Mais dans le fatras de son cahier, parmi les bouts de comptines, les mots inventés, les cris de douleur, les allusions à sa vie quotidienne de “patiente”, il surnage des bribes du catholicisme de son enfance, ou des réminiscences de quelques auteurs religieux (Marie Noël, certains Pères de l’Église) que Christophe a remarqués dans sa bibliothèque Allusion précise au psaume 23 et à la vallée des ombres de la mort, Les pommes de terre lui rappellent les morts pour lesquels il s’agit d’ouvrir les yeux au vrai jour. C’est ma religion, je me bricole… Il lui arrive de dire une bizarre prière mêlée de mots incompréhensibles (ce que les charismatiques appellent “parler en langue” ?] Gadji beri bimba, les Cieux racontent la gloire de Dieu etc… Surtout, revient le leitmotiv de la « petite fille » qu’elle a été et qu’elle n’a jamais cessé d’être : Je suis dans mon innocence une petite fille de longue date. Qui est ce “On” qui l’a visitée ? Celui qui a dit qu’il faut être semblable aux petits enfants pour entrer dans le Royaume des Cieux ? qui a promis à ceux qui pleurent qu’ ils seront consolés ? À celle qui apparemment avait “perdu la foi”, aurait-il dit “Va en paix, ta foi t’a sauvée ? …

Jacqueline Picoche
 


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